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Kundalini Shakti
(L'énergie lovée)


Foudre (Photo Credit:US National Oceanic and Atmospheric Administration)

Kundalini-Shakti est le nom donné à l’énergie vitale et fondamentale, elle anime tous les niveaux de l’être, qu’il soit particulier ou universel. Kundalini signifie « la lovée » . Cette énergie, présente dans l’individu, est symbolisée sous la forme d’un serpent qui réside dans le centre subtil de la base, situé au bas de la colonne vertébrale. Ce serpent est, dit-on, enroulé trois fois et demi autour d’un Linga noir (le Svayambhu Linga), sa tête reposant, endormie, sur le sommet du linga.

Le Linga de la base, de couleur noire, est vu comme une pierre oblongue, édifiée vers le haut. Il contient tout ce qui existe sous son aspect inconscient et inconnu. Linga signifie ‘phallus’ ou plus généralement ‘signe distinctif’ et encore plus fondamentalement : ‘singularité’. Svayambhu signifie ‘né de lui-même’ ou ‘auto-engendré’, à savoir quelqu’un qui n’a pas de parents, n’a pas d’origine connue, ou plus fondamentalement qui n’est pas conditionné par quelque chose qui lui serait extérieur.

L’énergie de la Kundalini réside endormie dans les profondeurs de l’être. Elle dispense de ce fait un poison de somnolence (Vishà) qui engourdit l’individu et le maintient vivant comme dans un rêve. Mais ce serpent, dit-on, ne dort que d’un œil, et il se trouve en fait intéressé par certaines expériences qui, si elles se manifestent chez l’individu, vont alors comme le réveiller, et le faire se dresser. Ces expériences peuvent être provoquées par le Yoga, mais également par les épreuves de la vie elle-même. Elles ont toutes en commun d’être reliées à des énergies intenses et extraordinaires, ces énergies mobilisant, d’une manière ou d’une autre, la vitalité profonde de l’individu (Ojas).

Le réveil de Kundalini-Shakti est justement la visée principale du Yoga tantrique. Ce réveil peut être provoqué de manière graduelle ou brusque, s’accompagner de connaissance ou laisser dans l’expectative. Ce réveil peut prendre différentes formes selon les individus et les moments de l’expérience, il peut prendre une intensité plus ou moins grande et manifester chez l’individu des symptômes différents. Ce réveil se réalise par des étapes plus ou moins longues au cours du temps, de la pratique, de la vie même de l’individu pour finalement se réaliser, dit-on, inévitablement au moment de la mort. Ces étapes sont comme autant de niveaux de l’énergie, qui s’étagent sous la forme de différents plexus (Chakra) le long de l’épine dorsale. En définitive, ce réveil échappe à toute logique et reste une expérience hors norme qu’il est impossible de codifier clairement.

Les textes et toutes les expériences relatées s’accordent toutefois pour donner une définition, semble t-il concordante, de ce réveil de l’énergie primordiale. Elle est alors décrite comme la manifestation d’une énergie ascendante qui remonte le long de la colonne vertébrale pour s’épanouir, s’il y a expérience complète, jusqu’au sommet du crâne, dans le ciel de la conscience. À ce niveau, le réveil de l’énergie latente devient alors le véritable « éveil » de l’individu à sa propre nature. Il convient de noter quand même l’existence d’une forme d’énergie similaire, dite « des spectres », qui parcourt à l’inverse la colonne dans un sens descendant. Cette manifestation s’avère, dans le meilleur des cas, stérile et au pire déficiente, elle n’a pas d’intérêt véritable.

Quoiqu’il en soit, la Kundalini est bien ce fil conducteur d’une énergie qui est faite entière connaissance de Soi. Dans le Tantrisme, toute connaissance, toute réalisation, s’accompagne toujours de l’énergie correspondante qui lui est immanquablement associée. Cette énergie est bien la seule capable de connaître véritablement notre nature profonde et immuable. En effet, c’est seulement grâce à cette énergie, à nulle autre pareille, que l’individu pourra goûter véritablement, toucher de manière tangible, et enfin s’emparer de sa véritable identité : le Soi de tous les êtres et de tout l’univers, le microcosme identique au macrocosme, l’individu identique à l’univers. Cette identité se ressent comme une magnificence faite immensité et richesse infinie, et l’énergie qui lui est immanente en est sa propre prise de conscience.

Pour le Tantrisme, le Kundalini Yoga est le système de Yoga le plus important et se décompose en trois : Parâ Kundalini Yoga, Cit Kundalini Yoga et Prâna Kundalini Yoga.

Parâ Kundalini Yoga est le suprême Yoga mis en œuvre par le Seigneur Shiva au niveau du corps cosmique et non du corps individuel. La suprême Kundalini est de nature cosmique et les yogis ne peuvent la connaître ni en avoir l’expérience. En sa présence, le corps ne peut pas subsister, on ne la connaît qu’au moment de la mort. Elle est le cœur de Shiva, l’univers entier est créé par la Parâ Kundalini et existe en son sein, c’est par elle qu’il est animé et en elle qu’il est résorbé.

La Cit Kundalini est celle dont les Yogis font l’expérience en se concentrant sur le vide interstitiel séparant deux respirations, deux pensées, deux actions, séparant la disparition d’une chose et l’apparition d’une autre. Lorsque la Cit Kundalini s’éveille vers le haut, à ce moment le yogi est rempli d’une béatitude intense. Ce bonheur est une béatitude analogue au plaisir sexuel, mais le bonheur éprouvé en Cit Kundalini est infiniment plus intense que celui éprouvé dans l’expérience sexuelle.

En outre cette extase s’accompagne de la réalisation du Soi, vous reconnaissez votre véritable nature et vous éprouvez : « Je ne suis que béatitude et conscience ».

Lorsqu’un Yogi garde trace de l’éveil de la Cit Kundalini en lui durant ses activités, l’acte sexuel peut être normalement accompli, mais il n’y a pas émission de fluide lors de l’orgasme, car la jouissance sexuelle est complètement surpassée par l'énergie immanente du corps subtil, elle se trouve alors véritablement absorbée vers le haut par l’énergie de la Kundalini qui maintient ouverte la voie médiane dans le corps énergétique.

La Prâna Kundalini entre en jeu, elle aussi, au cours du processus d’installation dans le centre, mais elle se manifeste seulement chez les Yogis qui, en plus de la spiritualité, sont aussi attachés aux plaisirs de ce monde.

La grande différence entre Prâna et Cit Kundalini est que seule cette dernière peut passer Urna, la pierre (lapis lazulite), qui, dans le front, barre l’accès à la porte située au niveau de la fontanelle ou Brahmârandhra Chakra.

À ce stade de l’explication, jetons un regard distant sur les mots. En vérité, la science de l’amour ne peut, par nature, être intellectualisée, car nul ne peut s’approcher des rayons de la lumière aveuglante de la connaissance sans muter sa vision de l’univers et de soi même.

Si éveil il y a, c’est essentiellement celui des sens : la connaissance se réalise une fois tous les sens mis en éveil, les odeurs, les saveurs, la vue, l’ouïe, le toucher, l’intellect, dans une sensation unique, lorsqu’il est possible de sentir de l’intérieur une seule et même saveur qui imprègne l’univers entier.

En la présence de l’éveil de Kundalini, le caractère de la personne est exacerbé, c’est pourquoi elle brasse chez l’individu tous ses sentiments intérieurs. Kundalini-Shakti fait en quelque sorte ressurgir de leurs gangues les plus profondes les tendances enfouies de l’âme (Vâsanâ) qui se mettent alors en branle et résonnent ou ravivent la trace vibrante des existences inconscientes passées et à venir.

De toutes ces expériences variées qui laissent immanquablement remonter, des profondeurs du psychisme, des relents de la personnalité, l’adepte écoute son maître à qui il a décrit ces nouvelles découvertes sur la réalité, et applique le conseil qui, immanquablement, lui est donné, à ce moment crucial, à savoir l’indifférence à toutes visions extraordinaires, le calme et le repos dans la conscience immuable.

L’éveil de la Kundalini, est entraîné par l’arrêt des souffles et la cessation des activités mentales. La vue des gestes amoureux du Soi est seulement possible dans la cessation complète de la respiration pneumatique et des contenus mentaux ordinaires. Il faut savoir retourner le miroir des sens pour en éclairer l’intérieur, voir en Soi ce qui est de même essence que le Soi cosmique.

La réalisation s’accomplit dans le non-souffle, les souffles doivent être entièrement consumés, tout comme le devenir particulier. L’inspiration autant que l’expiration doivent entièrement cesser, opérant ainsi une véritable mutation énergétique.

L’homme est essentiellement soumis à l’esclavage et à la dispersion dûs à l’opposition de ses deux souffles que sont l’inspiration (Prâna) et l’expiration (Apana).

Apana est l’expiration, il est le souffle de l’excrétion qui gouverne les énergies du bas, il est à l’origine de la consommation des plaisirs et des objets matériels. Il nous rattache par-là même aux nourritures terrestres, et donc également aux souffrances du corps et à la limitation mortelle.

Prâna est l’inspiration, il est le souffle de l’absorption et de l’inspiration interne, il gouverne le cœur et les sentiments de la personnalité. Prâna est à l’origine de l’aspiration à la beauté et de l’émotion esthétique, à la réalité mentale des pensées et des rêves, aussi nous donne t-il le désir insatiable et la volonté d’entreprendre, nous replongeant sans cesse dans le devenir pour nous constituer ce que l’on appelle une histoire ou une vue personnelle, particulière et limitée, de l’univers.

L’un descend, l’autre monte, l’un nous tire, l’autre nous pousse, l’un souffle le chaud, l’autre le froid, l’un inspire, l’autre expire, nous empêchant sans cesse de nous reposer définitivement dans la vue intérieure, de pouvoir un seul instant retrouver le Soi pour qui tout se manifeste et en quoi tout se meut. Le Souffle est l’activité manifestée du Soi, la trace laissée par son acte de conscience, sa puissance de création, de maintien et de résorption.

Le succès, en réalité, est obtenu par le Yogi qui se rend maître d’Apana et de Prâna, et pour ce faire le Yogi a recours a une seule technique définitive, qui consiste à reproduire en lui-même l’acte amoureux de l’univers.

Il est tout d’abord nécessaire de sanctifier le corps, car il faut un corps pur, subtil et adamantin pour obtenir la maîtrise de Prâna et Apana. Seul le Hatha-Yoga, par la répétition juste des exercices, permet la préparation du corps à l’éveil des énergies. Celui qui s’attellerait à la tenue des souffles pour éveiller Kundalini sans avoir préparé son corps et son esprit à l’aide des pratiques du Hatha-Yoga, ne peut avoir l’échelle qui permet d’accéder au Raja-Yoga.

Même s’il est vrai que l’éveil des énergies est, dans l’absolu, toujours réalisable, ceux ou celles qui, errant à la recherche éperdue du Soi, sans la protection du Guru, se confrontent seuls à la porte (Brahmârandhra), et tentent de la franchir d’emblée sans le soutien de la voie par graduation, ne font le plus souvent qu’obtenir maux et calamités.

Celui qui a obtenu succès dans le Hatha-Yoga possède l’échelle qui mène dans la hiérarchie des accomplissements, au Sahaja-Yoga ou Yoga de la spontanéité. L’adepte prenant assise fermement dans le Yoga doit établir une concentration double afin de dompter ses souffles.

Pour ce faire, le Yogi doit aller uniquement sur une voie directe aussi brève que possible, celle qu’il découvre en lui-même et jusque dans son propre corps, lieu privilégié de l’expérience amoureuse.

Cette double concentration réalise la fusion des deux Bindus, qui maintiennent le monde illusoire. Ces deux Bindus exercent une tension opposée, maintenant vibrant et illimité le spectre du Soi.

D’un côté s’absorber dans l’infini penchant du lâcher prise et de l’abandon, dans la parfaite insouciance et de l’autre côté trouver l’absolue certitude du souvenir des actions passées et à venir, du goût de la chair et du lieu sans pitié.

Le lieu sans pitié est d’une extrême importance et constitue à lui seul la pierre angulaire de la philosophie Tantrique : Il est le lieu où se révèle l’inévitable lutte pour la survie, le lieu où se révèle, en définitive, la puissance de l’individu qui se sait alors « seul » face à son destin.

L’adepte, à ce moment là, s’établit fermement dans l’attitude juste (Mudrà) qui, assumant son destin irrévocable, met à bas d’un seul coup et d’un seul, tous les discours et toutes les controverses.

En bute à la limitation, sa condition ne lui laissant aucun répit, l’individu n’a de cesse ! Jeté dans le devenir, ici bas, esclave des lois des hommes et de la nature, il doit payer le tribu de toute une vie, avec pour seule perspective l’anéantissement de sa propre existence. Le goût de la brûlure, faite sienne, dans la bouche, comment pourrait-il s'affranchir, avec comme ultime arme, une fois de plus, ce qui a fait jusqu’à ce jour son esclavage ?

Le lieu sans pitié existe justement pour prendre appui, là ou nul n’interdit, là où il n’y a plus de jugement, de morale, là où seule réside la liberté d’entreprendre enfin ce qui nous tient à cœur. Pour se libérer du Karman, il faut jeter ses propres bûches au feu du sacrifice, alors elles constituent non plus une attache personnelle et un devenir d’esclave, mais un pont providentiel pour établir le chemin de la réintégration. Ce qui est en bas est en haut, et on se libère par ce qui attache.

Sis fermement dans le lieu sans pitié, l’adepte met alors en perspective son propre devenir. Se voyant perdu dans le jeu des énergies sans limites, il perçoit l’impersonnalité des mondes, l’inefficience des convictions, et toute la vanité à y discerner une connaissance raisonnée.

Il anéantit sans ambages les vues illusoires qui le tenaient obnubilé par ses propres modalités conscientes et inconscientes. S’étant simplement laissé enfermé par la complexité de sa propre histoire personnelle, il se voit rejouer les mêmes actes, dans le décor d’un théâtre éternel, où tant de Divines énergies applaudissent au spectacle, et dont les clameurs résonnent encore à ce jour dans le fracas du Son non frappé.

Là, au-dessus de sa tête, dans l’éther immense, l’adepte voit planer le devenir des êtres, et distingue maintenant le « filet rougeoyant » gardant captif le désir des âmes. De l’autre coté est le Guru, la pure efficience mystique, qui ne peut jamais être objet de connaissance, car étant la connaissance elle-même, là où l’individu continue à se percevoir sans qu’il y ait ni activité, ni réalisation particulière.

L’esprit est le substrat de tous les êtres et comme l’on ne peut mordre sa propre bouche, on ne peut prendre conscience de cette conscience par la conscience encore ignorante, c’est à dire voilée ou inconsciente. C’est seulement l’intuition du cœur, l’appel amoureux qui peut servir de support, en aucun cas la pensée. Seule la vibration, la résonance encore pure, aussi inséparable de Shiva que les rayons du soleil, peut permettre à l’adepte de puiser à son gré dans cette efficience illimitée.

Cette efficience est le cœur même du Soi, car la propriété ultime du sujet est de se savoir affecté. Il en émane une vibration puissante, douce et pure comme la naissance du jour (Trikona), et l’adepte s’identifiant à cette énergie ne souhaite pas tant posséder l’amour que de s’identifier à cette énergie. Umà personnifie l’amour de Shiva pour lui-même, et ce parfait amour qui est d’aimer Shiva du même amour dont il s’aime, c’est lui que désire le Yogi.

Les textes disent :

« Une seule et même saveur de l’unité constituée par l’émanation douce et puissante du triangle du cœur, la voie mystique engendrant le connaissant, le connu et la connaissance. Il n’y a plus besoin d’aller car le point de départ est le point d’arrivée. L’arbre céleste aux branches puissantes de la prise de conscience existe tout poussé dans le royaume du cœur. Il a pour fleur la jouissance radieuse, pour fruit la jubilation éclatante du bonheur sans mélange. Et de ce cœur assise de l’univers se dresse l’axe Kundalini. »

Les textes disent encore :

« Par ce contact, l’énergie pure de la conscience s’éveille soudain, et celui qui en est le souverain parvient au domaine suprême où toutes les énergies de son corps se trouvent assouvies, digne réceptacle de la connaissance mystique spontanée. Celui qui reste attentif à cette omnipénétration, toujours sans tache, est un libéré vivant et il s’identifie au suprême Bhairavà.»

« Ô Umà, elle est située dans le ciel vide de la conscience libre de tout voile. Elle contient l’ensemble des différenciations, sous son aspect vibratoire elle se mêle à la totalité et cette Bhairavi c’est toi. »